Chronique : “De la jungle indienne à la jungle urbaine “

Gavés de pizzas et de hamburger, nous revoilà en forme. Dimanche, premier jour de cette nouvelle virée à vélo nous sortons de Raipur par une nationale propre et toute droite, nos jambes sont au rendez-vous et les km passent étonnamment vite. Après quelques dizaines de kilomètres et une attaque d’abeilles qui a valu à Thomas 4 piqures bien placées et une belle chute, nous sortons de la nationale pour entrer sur une route dessinée en blanc sur notre carte : à quoi vont ressembler les petites routes du centre de l’Inde ?

Nous nous enfonçons dans la forêt. Pratique le soir pour les veillées et la cuisine au feu de bois. Après deux jours de route excellente, sur une vraie piste cyclable en pleine jungle et sans camion, le bitume s’arrête à la sortie d’un village. Amusés mais avec une petite appréhension, nous nous se lançons dans ce réseau de pistes sableuses. Grâce à notre boussole et aux indications des autochtones nous parvenons à maintenir le cap. 15 km plus tard nous retrouvons le goudron. Ce soir-là nous dormons dans une école. L’internat loge une cinquantaine de gamins, du CP au lycée. Nous dormons avec eux dans la salle commune, sur des matelas, après un bon Dal Bat, une séance de guitare et un match de criquet à la télé.

Le lendemain, jeudi, nous traversons en pirogue la rivière qui fait office de frontière entre le Maharashtra et l’Andra Pradesh. La rivière, large, sillonne entre des bacs de sable, des femmes y lavent leur Sari. Le bruit assourdissant du moteur et les couleurs magnifiques du ciel, de la rivière, de la jungle nous abasourdirent. Une demi-heure de rêve au milieu d’une journée de sueur et d’efforts.

Côté Andra Pradesh, la route doit mener à autre chose qu’une rivière et un cul de sac. Le trafic s’intensifie, les bords des routes s’urbanisent, des usines et des monuments religieux apparaissent. Arrivés à Hyderabad, c’est une autre Inde que nous découvrons : urbaine, moderne, développée, plus d’attroupement autour de nous. Nous sommes hébergés chez Floriane, une Olivétaine qui vit en Inde depuis un an, nous allons en apprendre un peu plus sur les mystères de cette Inde qui n’a pas fini de nous surprendre.

Vie quotidienne : Un programme strict à suivre à la lettre ou presque…

On a abordé cette semaine avec la ferme intention de ne pas revivre l’horrible traversée de la dernière fois. Fini le vélo de nuit et les diarrhées à répétition ! On a donc adopté un programme strict à suivre à la lettre (ou presque)…

7h30 : lever Tanguy et Loïc, préparation du thé pour le petit déjeuner. 8h00, lever de Thomas… Hop Hop Hop, on prépare nos affaires et on part sur les coups de 9h00, cherchant un puits pour prendre de l’eau et la filtrer.
Matinée vélo : suivant l’état de la route et autres obstacles insolites (une grosse rivière par exemple), nous pouvons espérer une cinquantaine de km à l’heure du déjeuner. Nombre de motards nous ont alors doublés nous posant les sempiternelles questions, « CountRy ? Purpose ? Where going ? Married ? »…
Déjeuner : on mange un Dal Bat dans un bouiboui, spectacle insolite pour tous les locaux qui se battent pour nous regarder. Loïc très raisonnable trempe sa fourchette dans le Dal et mange son riz presque seul : « Pas d’épices ! ».
Après midi vélo jusqu’à 18 h (2000 km de descente Sud Ouest permet de gagner une heure de jour). L’obscurité arrivant, nous nous arrêtons dans un village et faisons nos courses sur le marché local. Nouvelle stratégie pour éviter les bains de foule : « Chacun sait ce qu’il doit acheter, on se retrouve en sortie de village… »

Soir : Grand rituel de la préparation du dîner. On épluche les patates, on fait bouillir l’eau, on rajoute les tomates, les oignons, on met de l’huile, on verse les œufs battus. 2 heures de préparation pour un repas « pas trop mauvais et qui fait pas gerber » précise Tanguy.

Impressions à chaud : “Passé Raipur, l’Inde nous est apparue beaucoup plus développée…”

Sur un article du Monde.fr date du 3 Décembre dernier on pouvait lire : « En Inde, seul le cricket peut permettre de s’extraire de la morosité ». Nous ne pouvons que confirmer. Tout le monde y joue ici, n’ importe où et avec n’importe quoi, le terrain vague remplaçant le stade et un simple bâton faisant parfois office de batte, un peu comme le football chez nous… Pourquoi une telle popularité ? Historiquement, le cricket aurait été une façon de lutter contre la domination coloniale, les Indiens battant les Anglais a leur propre jeu. Évidemment, les enfants d’aujourd’hui ne pensent surement pas a cela en y jouant. Ils cherchent plutôt a ressembler a leur Zidane national du cricket, Sichin Ramesh Tendulkar.

Passé Raipur, l’Inde nous est apparue beaucoup plus développée que plus au Nord. Les signes de ce développement sont clairement palpables. Les routes en premier lieu, sont beaucoup moins défoncées, même les toutes petites perdues dans la foret. Les villages sont plus propres, les déchets sont plus ou moins ramassés et les bâtiments prennent des étages. Les bouibouis sont mieux entretenus, la cuisine se fait au gaz. Conséquence directe de cette amélioration sanitaire : moins de moustiques ! Enfin, on a croisé beaucoup plus de magasins, l’offre se diversifiant énormément : les publicités font leur grand retour.

Enfin, cette discussion aux abords de Hyderabad avec ce jeune homme cultive et intelligent de 24 ans nous a particulièrement interloques : cet Indien semble revêtir une haine féroce contre les Pakistanais, « Ces terroristes musulmans ». Pourtant, il habite a plus de 2500 km de la frontière pakistanaise…