Inde : TRD, Les générations futures garants de la biodiversité marine



une plage "typique" du Tamil Nadu

Cinq ans après la tragédie du tsunami, quel devenir pour les villages de la côte est de l’Inde ? 600 ONG d’Inde et du monde entier s’étaient mobilisées à l’époque, apportant une aide d’urgence aux villages sinistrés. Aujourd’hui, seule une poignée d’entre elles sont restées. TRD en fait partie et mène depuis 2007 à Karaikal, dans l’état de Pondichéry, un projet de sensibilisation à la biodiversité marine. Pour Keerthy Sri Cruz, 26 ans, qui mène ce projet avec dynamisme, l’objectif est double : « Les habitants doivent sortir de cette logique d’assistanat dans laquelle ils sont depuis le drame du tsunami et comprendre la fragilité de la mer, leur gagne-pain. »


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DYNAMIQUE :
Le changement passe par les enfants

LUMIERE SUR :
Keerthy - responsable du projet « Quelque chose qui ne peut être changé à l’âge de 5 ans ne peut l’être à 50 »

Au début du projet, quand Keerthy et son équipe allaient à la rencontre des habitants des villages de la côte, ces derniers croyaient qu’on allait leur construire une nouvelle maison....lire la suite

Keerthy Sri Cruz, 26 ans, est le fils d’Ursula, la présidente de TRD. Il dirige avec entrain et conviction l’équipe TRD de Karaikal. Portrait d’un engagement auprès des plus pauvres qui se transmet de mère en fils... lire l'interview

ZOOM :
Eco Children Network, le théâtre des acteurs de la protection marine.

Danses, chants, mimes, sourires, les enfants qui participent au programme Eco Children Network se donnent à fond pour la protection de la biodiversité marine...lire la suite

DYNAMIQUE : Le changement passe par les enfants

Au début du projet, quand Keerthy et son équipe allaient à la rencontre des habitants des villages de la côte, ces derniers croyaient qu’on allait leur construire une nouvelle maison. « Ils ont été habitués à recevoir une aide matérielle massive », explique Keerthy. Parler de la mer, de sa richesse et de sa fragilité est encore quelque-chose nouveau pour eux.

Pourtant, la préservation de l’écosystème marin est un enjeu crucial pour l’avenir de ces populations du littoral. Que penser des sacs plastiques voguant au grès des flots et étouffant des milliers de mammifères marins ? Des mailles de filets de pêche qui sont toujours plus petites ? Des rejets industriels qui vont directement dans la mer ? Les villageois continueraient-ils à couper leur bois de cuisine dans la forêt de mangrove s’ils savaient qu’elle abrite de nombreux œufs de poissons et qu’elle seule est suffisamment dense pour casser la puissance des vagues ?


visite dans la forêt de mangrove

Les hommes du village étant peu réceptifs, Keerthy et son équipe sont donc allés à la rencontre des femmes et des enfants. En trois ans, ils ont ainsi créé des bio-clubs dans 10 villages, impliquant ainsi un millier d’habitants. Ils ne manquent pas d’idées pour présenter les enjeux de la biodiversité : cours de théâtre, concours de dessin, organisation d’une journée de ramassage des déchets sur la plage, chansons... Certains enfants ont même répété pour aller donner des représentations théâtrales dans les villages alentours. « Ces bio-clubs sont aussi une façon d’aborder des sujets qui les touchent plus directement, comme les droits des enfants ou la lutte contre la violence conjugale », explique Keerthy.

Les enfants en ont parlé à leurs parents et peu à peu, les habitudes ont changé. Les premiers changements ont opéré: les habitants ne coupent plus de bois dans la forêt de Mangrove et en 2008, 120 habitants, en majorité des femmes, sont allés manifester devant une usine polluante. Aujourd’hui, elle ne rejette plus que six jours par mois, au lieu de vingt précédemment.

LUMIERE SUR Keerthy - « Quelque chose qui ne peut être changé à l’âge de 5 ans ne peut l’être à 50 »

Keerthy Sri Cruz, 26 ans, est le fils d’Ursula, la présidente de TRD. Il dirige avec entrain et conviction l’équipe TRD de Karaikal. Portrait d’un engagement auprès des plus pauvres qui se transmet de mère en fils.


Peux-tu nous expliquer ton parcours ?

J’ai suivi une licence en commerce puis un master de travailleur social. J’ai fini ma licence en 2005 juste après le tsunami. Je suis alors venu à Karaikal pour aider les plus pauvres. J’ai donc travaillé jusqu’en avril 2006 comme volontaire pour TRD, l’association de ma mère. On s’occupait principalement des enfants dalits et de groupes de femmes.

Où étais tu au moment du Tsunami ?

J’étais chez mes parents à Trichy. Mon père regardait les nouvelles à la télévision, on ne savait pas ce qu’était un tsunami… A fil des minutes, on a compris l’ampleur de la catastrophe et à la fin de la journée nous avons décidé d’aller sur la côte pour offrir notre aide. Le lendemain, avec le staff de TRD, on a collecté habits, nourriture et argent puis nous sommes partis pour Kanyakumari, le cap sud indien. Nous étions 6 ou 7.

Quelles ont été tes impressions quand tu as découvert de tes yeux l’étendue du drame ?

C’était le chaos, tout était démoli, des bateaux sur le toit d’immeubles à 2 étages, des corps au sommet des cocotiers, partout les habitants pleuraient. La vague est entrée sur 500 m à l’intérieur des terres avant de se retirer. Beaucoup de gens sont morts parce qu’ils ne savaient pas nager, les femmes et les enfants surtout. Quand on est arrivé, il a fallu négocier avec les policiers pour entrer dans la zone sinistrée. Il y avait toujours 1 m d’eau et de boue, il était impossible pour nous de rejoindre le village. Face à ce drame, on a fait ce qu’on a pu et on a retroussé nos manches.

De quoi es-tu le plus fier aujourd’hui?

Tout notre travail avec les enfants des bio-clubs porte ses fruits. Ils nous ont écouté et ont compris notre message : il est important de protéger la biodiversité marine. Ils en parlent à leurs parents qui les écoutent eux aussi. Mais ce n’est pas quelque-chose qui peut être fini en 3 ans. On doit continuer pendant longtemps pour changer les mentalités dans la durée.

Qu’est ce qui te fait te lever le matin ?

Le changement. Je pense qu’on peut tout changer, mais cela demande beaucoup de travail. De par les voyages avec mes parents, j’ai été témoin depuis mon enfance de beaucoup de problèmes sociaux, de l’exclusion des dalits et de la violence contre les femmes. Ils m’ont inculqué l’envie de me battre contre ces violences. Ma mère m’a toujours emmené dans les manifestation et meetings qu’elle organisait. A 8 ans, j’ai participé à une manifestation devant une usine contre le travail des enfants qui préparaient des feux d’artifices… Et j’ai arrêté d’en utiliser !

Et la suite ?

Je vais de plus en plus travailler avec les enfants, parce que les enfants vont construire une nouvelle Inde. Un proverbe dit « Quelques chose qui ne peut pas être changé à l’âge de 5 ans ne peut être changé à 50 ». La corruption des policiers par exemple : quand je parle aux adultes, c’est déjà trop tard. Mais certains enfants deviendront eux aussi policiers. Pour eux, tout est à jouer !

ZOOM : Eco Children Network, le théâtre des acteurs de la protection marine.

Danses, chants, mimes, sourires, les enfants qui participent au programme Eco Children Network se donnent à fond pour la protection de la biodiversité marine. Leur but : toucher un maximum de personnes par le théâtre. La pièce présentée dans les villages de la région est préparée pendant l’année scolaire avec un professeur de théâtre et 30 enfants des bio-clubs. Poissons, algues, bateaux, les décors prennent vie grâce aux jeux de scène efficaces de ces acteurs en herbe. Avant chaque représentation (12 en 2009), la petite troupe sillonne les rues du village et appelle le public qui, curieux, répond présent. Les idées novatrices passent mieux avec le théâtre. Et comme le dit Keerthy : « L’avenir, ce sont les enfants et rien ne vaut des jeunes pour parler aux jeunes. »



posté par L'equipe dynamos'olidaire le 18/03/2010


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La plupart des plages du Tamil Nadu sont souillées par les déchets. Quelques fois il est même impossible de marcher au bord de l’eau. C’est la face visible de l’iceberg de la pollution marine. La mer est pourtant la ressource naturelle principale de la région.



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