Inde : Au fil des actions de TRD



Devant les locaux de TRD a Kavalkaranpatty

Une carrière de pierre dirigée par des femmes, une ferme biologique modèle, un champ collectif, des systèmes d’épargne collectif… les projets de Trust and Rural Development (TRD) sont diverses et variés mais n’ont qu’un objectif : permettre le développement des populations marginalisés des campagnes du Tamil Nadu. Ursula créatrice et présidente de TRD, cache derrière son physique frêle et ses saris élégants des convictions et une détermination affirmées. Depuis 1995, TRD milite pour l’émancipation des femmes, des petits paysans ou des Dalits.

Panorama de quelques projets où TRD a mis sa force de persuasion au service des populations rurales.


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LUMIERE SUR : Ursula, fondatrice de TRD,
« construire un mouvement fort pour les femmes et les fermiers »lire l'interview

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Une carrière de pierre dirigée par des femmes !

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Une ferme collective gérée par des femmes. « Maintenant, quand on va à la banque, on nous offre une chaise ! »

Il est 10 heures du matin et il fait déjà très chaud dans la carrière. On entend les cliquetis des masses s’écrasant sur les rochers. Tout le monde s’affaire...lire la suite

« Avant, ce champ était plein de taons, maintenant 15 femmes y cultivent des légumes, du riz et du maïs »... lire la suite

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NREGA : Une loi pour le travail minimum !

Chaque famille rurale indienne doit pouvoir travailler 100 jours par an pour un salaire minimum de 80 Rs/j (soit environ 1,30€), en application de la loi National Rural Employement Guarantee Act (NREGA) qui date de 2005...lire la suite

LUMIERE SUR Ursula, fondatrice de TRD, « construire un mouvement fort pour les femmes et les fermiers »



D’où vient cette vocation que tu as aujourd’hui à travailler avec les plus pauvres, les paysans marginalisés, les femmes ?

Depuis toute petite, je voulais travailler avec les plus pauvres, notamment à cause de mon éducation religieuse (chrétienne) et de ma famille. Je viens d’une famille assez aisée, nous avions beaucoup de terres. Ma grand-mère maternelle refusait d’embaucher les dalits, mais mon père n’était pas de cet avis. Lui, il les traitait d’égal à égal, amicalement. Cette différence de point de vue m’a fait réfléchir. Après l’université et mon master de sciences sociales, je suis entrée dans une congrégation religieuse. Je voulais devenir none pour travailler avec les déshérités, mais je suis partie au bout de trois ans, je trouvais que nos actes n’étaient pas à la hauteur de nos paroles.

Comment en es-tu venue à créer Trust Rural Development (TRD) ?

Après la congrégation, je suis devenue travailleuse sociale. Par la suite j’ai été consultante dans différentes organisations, mais je voulais du concret, travailler avec les femmes marginalisées et peu éduquées. J’ai créé TRD ici en 1991, après une étude approfondie de la région : travail des enfants, analphabétisme, mauvaise répartition des terres… A l’époque ces villages étaient vraiment isolés, contrairement à maintenant. Il n’y avait presque pas de bus pour Trichy, pourtant à seulement 20 km d’ici !

Par quoi avez-vous commencé ?

On donnait des cours du soir aux adultes illettrés, pour leur apprendre les rudiments de la lecture et de l’écriture. Ces cours étaient un moyen pour nous de les approcher. Tout en leur apprenant comment écrire « eau » ou « gouvernement », on en profitait pour leur parler de leurs droits : où trouver de l’eau potable, quelles aides sociales ils pouvaient obtenir du gouvernement. Au total nous avons reçu plus de 2300 étudiants adultes dans ces cours du soir, répartis dans 75 villages. C’est à partir de ces cours du soir que nous avons formé plus tard les premiers groupements d’entraide, pour permettre aux femmes d’économiser de l’argent par elles-mêmes, sans la tutelle de leur mari.

Et comment est venu le projet de ferme biologique ?

TRD a eu différent projets agricoles avant l’ « Ecole pour fermiers ». Ça a commencé en 1993 avec LEIASA (Low External Input And Sustainable Agriculture), pour qui travaillait mon mari. Ils ont formé notre staff aux techniques agricoles biologiques, et soutenus financièrement nos activités pendant 10 ans. C’est ainsi que de 1993 à 2003, nous avons formé 1500 paysans dans la région. D’autres projets ont suivis ensuite, mais plus petits. Et puis j’ai rencontré Frères des Hommes l’année dernière, par l’intermédiaire de Fedina, ils m’ont dit que trois jeunes Français récoltaient des fonds pour financer une projet d’agriculture biologique. J’ai alors décidé de lancer cette ferme dans les locaux de TRD, de mettre en place les formations et de chercher les premiers paysans volontaires, dans le village de Chinna Puthur.

Quels sont tes espoirs pour l’avenir ?

J’espère construire un mouvement fort pour les femmes et les fermiers, capable d‘infléchir les politiques du gouvernement en leur faveur. Il devrait mieux considérer ces fermiers et les soutenir dans le bio. Et enfin j’ai beaucoup d’espoir pour les femmes, leur émancipation, leur indépendance, qu’elle puisse trouver leur place dans la société, leur dignité.

ZOOM : Une carrière de pierre dirigée par des femmes !

Il est 10 heures du matin et il fait déjà très chaud dans la carrière. On entend les cliquetis des masses s’écrasant sur les rochers. Tout le monde s’affaire : une femme tape sur des blocs de pierre pour les transformer en petits cailloux, des hommes finissent de scinder une dalle en deux à l’aide de pitons tandis que d’autres placent un bâton de dynamite dans un trou. Ici, ce sont les femmes qui dirigent. Ursula explique : « Il y a 10 ans, je suis allée voir ces villageoises du village de Togamalaï et les ai convaincu de se regrouper pour acquérir un terrain via un contrat de crédit-bail. » Son objectif était double : participer à l’émancipation des femmes de la région et améliorer les conditions de ce travail particulièrement rude. Au début, ce n’était pas facile, les hommes ne voulant pas être les subordonnés des femmes et les autres directeurs de carrières voyaient ce projet d’un très mauvais œil. « J’ai même reçu des menaces de mort », dit Ursula. Aujourd’hui, la carrière se porte très bien et attirent de plus en plus de travailleurs. Une seule condition : ils doivent s’engager à envoyer leurs enfants à l’école.

Son principe de fonctionnement est des plus simples et permet à chacun une certaine autonomie : les travailleurs sont regroupés en couple ou en famille. Une parcelle à casser leur est attribuée et ils sont payés au prorata du nombre de pierres vendues. « Un métier qui restent très dur mais beaucoup plus humain », explique une femme pour résumer.

ZOOM : Une ferme collective gérée par des femmes. « Maintenant, quand on va à la banque, on nous offre une chaise ! »

« Avant, ce champ était plein de taons, maintenant 15 femmes y cultivent des légumes, du riz et du maïs », explique Ursula. Il y a 10 ans, deux militants des droits sont venus les rencontrer. Voyant la part importante du budget nourriture dans leurs dépenses, ils leur ont proposé de former un groupe, d’épargner chacune 50 roupies par mois afin d’acquérir ensemble un terrain à cultiver. « Nous leur avons répondu non ! » racontent les 15 femmes. Ce projet ne pouvait pas marcher, pensaient-elles. La banque leur refusait même un tout petit emprunt, alors acquérir un champ !

Pourtant, à force de discussion, les femmes se sont laissées convaincre par les deux militants de tenter l’aventure. En 2000, elles se sont lancées et ont acquis une champ grâce à un contrat de crédit-bail. « Le préfet du district de l’époque était un homme bon et humain, il a donné l’accord à ces femmes alors que d’autres auraient sans doute dit non », précise Ursula.

Depuis 10 ans, chaque récolte est divisée équitablement entre toutes les femmes qui l’utilisent pour leur consommation personnelle. Parfois, elles vendent les surplus, ce qui leur permet d’avoir un petit revenu – même si elles doivent souvent travailler à côté pour subvenir à l’ensemble des besoins de leur famille.

Tout n’est pas facile pour autant. Elles doivent sans cesse se battre pour conserver leur titre de propriété et n’exploitent qu’une partie de leur terrain, car elles n’ont pas encore pu mettre en place un système d’irrigation sur l’ensemble du domaine. Dernièrement, la pompe de leur forage a cassé… « Ce n’est pas facile de lier cette activité avec le travail de maison », continue l’une d’elles. « Mais maintenant, quand on va à la banque, on nous offre une chaise ! ». Une phrase qui en dit long sur leur confiance gagnée…

ZOOM : NREGA : Une loi pour le travail minimum !

Chaque famille rurale indienne doit pouvoir travailler 100 jours par an pour un salaire minimum de 80 Rs/j (soit environ 1,30€), en application de la loi National Rural Employement Guarantee Act (NREGA) qui date de 2005. « Toutes les femmes qui creusent ce canal travaillent dans le cadre de cette loi », explique Ursula. L’état du Tamil Nadu mène en effet depuis quelques années une politique de grands travaux hydrauliques générant beaucoup d’emplois dans le monde rural.

Pourquoi n’y a-t-il presque que des femmes ? « Parce que les hommes ne peuvent accepter d’être payés le même salaire ! » répond Ursula. Ils préfèrent travailler dans la construction de routes par exemple. Ils reçoivent 200 Rs par jour et les femmes seulement 100. « Mais ce genre de travail est souvent loin de leur village et ils n’ont pas la garantie de 100 jours par an, contrairement au NREGA. », précise Ursula.

TRD a créé un syndicat parmi les travailleuses pour veiller à la bonne application de la loi. « La garde de leurs enfants durant leur temps de travail est un problème très important. Le gouvernement n’avait toujours pas fourni une tente en guise de crèche à proximité du chantier. », explique en exemple Ursula. Pour faire appliquer la loi, elle a du faire signer une pétition aux femmes et est allée auprès du préfet local.

Les femmes sont aujourd’hui contentes d’avoir un travail régulier. Elles se sentent plus fortes et ont plus de poids dans les décisions de couple. « Cette loi a aussi eu des répercutions positives sur les conditions de travail agricoles » ajoute pour conclure Ursula. Les grands fermiers craignant de voir partir toutes leurs travailleuses, celles-ci ont vu leur salaire passer de 35 Rs/j à 70 !



posté par L'equipe dynamos'olidaire le 16/03/2010


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La carrière autogérée par des femmes

La carrière autogérée par des femmes. Tout le travail est manuel : on tape avec des masses, on fissure avec des pitons ou de la dynamite, on porte avec des brouettes.



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