Inde : Prayas, Auprès des plus pauvres du plus pauvre état d’Inde



plaque des bureau de Prayas a Bankey Bazar

Un filtre à eau solaire pour assainir l’eau d’un village, une école pour assurer l’avenir des enfants, une manifestation pour réclamer les terres qui reviennent de droit aux paysans… Les exemples d’actions de Prayas fourmillent dans la région de Bankey Bazar, dans l’état du Bihar au nord de l’Inde. Né au début des années 1980 dans ce village et aujourd’hui basée à Patna (capitale du Bihar), l’organisation Prayas donne aux petits paysans les moyens de faire appliquer leurs droits. Elle redonne également fierté et indépendance aux dalits, dans un état ou le système des castes est encore très ancré dans les esprits. Nous avons passé trois jours en compagnie de Kham Lackam et de Radhe Shyam, secrétaire et ex-secrétaire de Prayas, à visiter les différents projets mis en place dans les villages alentours.


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DYNAMIQUE :
dalits récoltent les fruits de leurs efforts

LUMIERE SUR :
Kham et Radhe, dalits et militants de la première heure

Juchés à l’arrière de trois motos, nous arrivons dans le village de Digurq à 4 km de Bankey Bazar. Un groupe de femmes entame alors un chant, qui raconte en hindi les malheurs d’une femme dont le mari la bat et boit l’argent de la famille au lieu de payer les frais de scolarité des enfants...lire la suite

Kham Lackam et Radhe Shyam sont dalits et sont engagés depuis des années pour Prayas. Ils ont tous les deux été secrétaire de l’association pendant une dizaine d’années. Rencontre avec des militants de la première heure… lire l'interview

ZOOM :
Bhoopnagar, un village de dalits trop longtemps oublié

Ici, les gens ont de nombreux problèmes de croissance et d’articulation, la plupart ne dépassent pas l’âge de 45 ans...lire la suite

DYNAMIQUE : Les dalits récoltent les fruits de leurs efforts

Juchés à l’arrière de trois motos, nous arrivons dans le village de Digurq à 4 km de Bankey Bazar. Un groupe de femmes entame alors un chant, qui raconte en hindi les malheurs d’une femme dont le mari la bat et boit l’argent de la famille au lieu de payer les frais de scolarité des enfants.

Dans le nord de l’Inde, les femmes ont la vie dure : certains maris ne les laissent pas sortir de la maison. Elles restent sans travail, cantonnées aux tâches ménagères. Le Bihar est l’un des états les plus pauvres et plus inéquitables de l’Inde. 53% de la population est illettrée.


L’émancipation des femmes et des basses castes, le combat quotidien de Prayas.

C’est contre ces inégalités que se battent Kham et Radhe. « Prayas signifie « effort » en hindi, nous voulons que les paysans marginalisés prennent conscience de leurs droits et s’organisent de façon non-violente pour obtenir ce qui leur revient : eau, éducation, santé, des terres, une dignité. », affirme Kahm. Prayas agit également par des actions de lobbying auprès du gouvernement, au contact de la presse et avec le soutien d’ONG étrangères.

L’une de ses priorités : mobiliser les paysans pour réclamer une meilleure répartition des terres entre grands et petits fermiers. Depuis son indépendance, l’Inde prend des mesures en ce sens, mais sur le terrain les choses s’éternisent, freinées par la complexité de l’administration indienne et la mauvaise volonté de grands propriétaires. Une femme leader locale raconte comment, galvanisée par le soutien de Prayas, elle a rageusement coupé la barbe d’un grand fermier qui refusait de rétrocéder ses terres…

L’éducation des enfants constitue un autre pilier des actions de Prayas. Les fermiers ont longtemps préféré faire travailler leurs enfants dans les champs, plutôt que de les scolariser. A force de persuasion, beaucoup d’enfants vont aujourd’hui à l’école, de nombreux établissements privés se créent : il y a une vraie demande d’éducation !

L’association constate que ces dernières années les gouvernements locaux accentuent les moyens en faveur de l’éducation. Les résultats obtenus par ces dalits à force de patience au fil des années montrent que les mentalités peuvent changer dans l’état le plus pauvre d’Inde !

LUMIERE SUR Kham et Radhe, dalits et militants de la première heure

Kham Lackam (KL) et Radhe Shyam (RS) sont dalits et sont engagés depuis des années pour Prayas. Ils ont tous les deux été secrétaire de l’association pendant une dizaine d’années. Rencontre avec des militants de la première heure…



Kham Lackam completement a droite et Radhe Shyam a sa droite

Vous avez tous les deux un long passé de militants auprès de Prayas. Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

KL : J’ai 48 ans, je suis né en 1961. Enfant, j’habitais au sein d’une famille très pauvre dans un village à une quinzaine de kilomètres de Bankey Bazar. J’ai arrêté ma scolarité en classe de dixième [deux ans avant l’entrée à l’université], mon village étant trop éloigné du lycée. En 1979, je suis parti dans le Mada Pradesh où j’ai travaillé auprès des plus pauvres. Quand je suis revenu ici en 1982, j’ai fondé Prayas qui a officiellement été enregistrée en 1984. J’ai été 10 ans son secrétaire et le suit de nouveau depuis 3 ans.
RS : J’ai 45 ans et je suis né en 1964. Je suis sorti de l’université en 1987 avec un bachelor en science politique. J’étais alors déjà investi depuis 5 ans auprès de Prayas. En fait, Kham Lackam m’a contacté au moment où il a monté son projet en 1982 et j’ai tout de suite dit oui.

Pourquoi avoir créé Prayas ?

KL : On est en 1982. Beaucoup d’ONG existent déjà, mais elles sont dirigées par des personnes de hautes castes. Aucune ne connaissent vraiment les besoins des plus pauvres. Nous on est dalits, à la base de la pyramide : on était les mieux placé pour le savoir.
RS : A cette époque, les ONG donnaient aux gens des médicaments, des vêtements, etc… Mais elles ne luttaient pas pour le droit à l’éducation, à la terre, à la santé, ni pour la libéralisation des femmes. Chez Prayas, on travaille sur le développement des communautés locales.

Quelles ont été vos principales difficultés ?

KL : Il est très difficile de convaincre les travailleurs pauvres de se battre pour leurs droits. Même s’ils sont exploités par les riches fermiers, ils gagnent quand même un pécule, ne veulent pas le perdre et ont très peur des représailles.
RS : Les ONG financent nos projets sur des périodes de 3 ans. Ce n’est pas facile à gérer. En ce moment par exemple, une ONG qui devait nous suivre pendant 7 ans s’est désengagée au bout de trois. On ne se paye plus depuis un an et demi, mais on espère un nouveau financement l’année prochaine.

Vos principaux succès ?

KL : Avant, tous les enfants du block travaillaient dans les champs avec leur famille. On a créé un vrai système éducatif, fondé des écoles, payé des enseignants et on a changé les mentalités. Le développement passe avant tout par l’éducation.
RS : Nous avons mené des actions très concrètes pour donner aux femmes du travail, gage de leur émancipation. Mina Devy a reçu une formation de couturière en 1992. En 1997, elle a pu acheter 3 machines et a ouvert son atelier. Depuis, elle cout des habits pour des grossistes locaux et dispense des formations. Les filles formées pourront à leur tour ouvrir leur magasin dans leur village !

Que projetez-vous pour le futur ?

KL : Continuer nos combats bien sûr et faire de plus en plus de formations, notamment sur le thème de l’agriculture biologique.
RS : Nous voulons aussi permettre aux villageois d’accéder à Internet, d’avoir une adresse e-mail. C’est un précieux outil d’ouverture au monde à nos yeux !

ZOOM : Bhoopnagar, un village de dalits trop longtemps oublié

Ici, les gens ont de nombreux problèmes de croissance et d’articulation, la plupart ne dépassent pas l’âge de 45 ans. En 1998, Prayas alerte les medias et fait du lobbying pour que les autorités agissent. Mais en Inde, tout prend du temps. Plusieurs semaines et un sit-in devant l’hôpital pour que des médecins se déplacent et identifient la responsable : l’eau du sous-sol, polluée par un excès de fluor. Plusieurs années pour que Prayas trouve un partenaire efficace : l’Unicef. Devant la passivité du gouvernement et après plusieurs essais infructueux, en mars 2009, ils construisent une station de filtrage alimentée par panneaux solaires. Aujourd’hui, les analyses de l’eau sont rassurantes mais pendant plus de 10 ans, les villageois continuaient à boire du poison...



le village souffre d’un mal mystérieux : les hommes de 30 ans paraissent 20 ans de plus, les enfants souffrent de malformation.



posté par L'equipe dynamos'olidaire le 15/03/2010


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A Bankey Bazar, 60% de la population est dalit contre 30 % en moyenne en Inde. Le combat pour l’amélioration de la condition de ces intouchables prend ici tout son sens.



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