Inde : Fedina – Les droits au cœur du développement


« L’objectif premier des associations du groupement n’est pas de mettre en place des actions de développement, mais c’est le combat pour les droits des populations marginalisées, en particulier les droits des travailleurs » explique Duarte Barreto, directeur de Fedina, un groupement de 29 associations présentes dans les 5 états de l’Inde du Sud. De prime abord, cette affirmation peut étonner…Garantir la qualité de l’eau des puits d’un village, mettre en place une clinique pour les plus pauvres, apprendre les techniques de culture biologique aux paysans marginalisés : n’est ce pas cela l’important pour assurer le développement des populations locales ? Alors pourquoi se spécialiser dans la lutte pour les droits ? Pour comprendre ce qui est une véritable « stratégie de développement », il faut se plonger dans le contexte indien…


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DYNAMIQUE :
En Inde, les lois existent bien, mais…

LUMIERE SUR :
Duarte Barreto : « se focaliser sur la défense des droits »

« Le véritable problème en Inde n’est pas tant l’absence de lois, mais plutôt qu’elles ne sont pas bien appliquées » explique Duarte. Bien des lois « vertueuses » ont ainsi été votées... lire la suite

Bien installés dans les bureaux de Fedina, nous avons rencontré son directeur : Duarte Barreto. 74 ans et titulaire d’un diplôme de 3e cycle de la Sorbonne, il a fait évoluer l’association. Lors d’une longue discussion, il nous livre sa vision de Fedina, ses impressions et un petit peu de son histoire... lire l'interview

ZOOM :
Que pèsent les habitants des bidonvilles face au développement touristique ?

Comme en moyenne dans les autres grandes villes indiennes, 30% des habitants de Bijarpur vivent dans un bidonville. Dans cette ville de la côte ouest, le gouvernement cherche à évincer les habitants des bidonvilles...lire la suite

DYNAMIQUE : En Inde, les lois existent bien, mais…

« Le véritable problème en Inde n’est pas tant l’absence de lois, mais plutôt qu’elles ne sont pas bien appliquées » explique Duarte. Bien des lois « vertueuses » ont ainsi été votées : l’abolition du système de castes en 1952, le slum clearance act pour les bidonvilles en 1990, la loi contre la violence domestique en 2005, etc. Mais les cas de non-application de ces lois sont très fréquents. Un exemple parmi d’autres ? Le « Social Welfare Act »* voté en 2001, accorde une pension pour tout travailleur retraité. Pourtant, ce vieil homme de 85 ans du slum** de Raji Gudda à Bangalore ne reçoit pas ses 400 roupies*** promis par la loi. Il continue de vendre des bibelots en plastiques récupérés dans des décharges.


Manifestation de retraités pour leurs droits.

« Ces gens là acceptent l’inacceptable car ils ne sont pas éduqués, ne lisent pas les journaux et donc ne peuvent avoir connaissance de la loi. Ils ne sont pas conscients de leurs droits.», explique Duarte. Rencontres, conseils, accompagnement, formations, soutien juridique : Fedina les accompagne dans leur démarche jusqu’à obtenir leurs droits.

Sébastian Devraj est responsable du programme de syndicalisation de Fedina. Il rencontre des ouvriers d’usine, des travailleurs agricoles, des femmes de ménage et les incite à créer un syndicat dans leur propre corps de métier. « Souvent, les gens ont peur de se syndiquer. Pour les convaincre, il nous faut continuellement adapter notre stratégie d’approche », précise-t-il. Dans une usine de Bangalore par exemple, il a d’abord du créer un « réseau de groupe », moins contraignant qu’un syndicat et garantissant l’anonymat des adhérents. Petit à petit, les actions de Sébastian étant efficaces, les ouvriers ont osé s’affirmer. Aujourd’hui, sous la pression du syndicat, le patron de l’usine est bien plus respectueux de la loi !

« Ces difficultés sont quotidiennes dans les combats que nous menons » continue Duarte. Mais à force de persévérance, de plus en plus de gens connaissent leurs droits et entendent bien se battre pour les faire appliquer. Alors, une grande étape en faveur du développement aura été franchie.

* Loi sur la protection sociale, qui date de 2001.

** Slum signifie bidonville. On retrouve ce mot dans le titre du célèbre film indien aux multiples oscars « Slum dog Millionaire »

*** Quel pourvoir d’achat avec 400 Rs (6 €) ? A titre de comparaison : dans tous les petits restaurants en bord de route, un plat de riz avec une sauce aux pois (dal) coûte entre 20 et 30 Rs, un thé coûte 2 à 3 Rs, une banane coûte de 1 à 2 Rs, le kilo de pommes de terre coûte 20 Rs.

LUMIERE SUR Duarte Barreto : « se focaliser sur la défense des droits »

Bien installés dans les bureaux de Fedina, nous avons rencontré son directeur : Duarte Barreto. 74 ans et titulaire d’un diplôme de 3e cycle de la Sorbonne, il a fait évoluer l’association. Lors d’une longue discussion, il nous livre sa vision de Fedina, ses impressions et un petit peu de son histoire.



Comment avez vous connu Fedina, étiez-vous présent lors de sa création ?

Fedina a été créée en 1983, à cette époque, j’étais professeur à l’Indian Social Institute (ISI), un institut privé de formation pour les travailleurs sociaux. Je ne suis arrivé chez Fedina qu’en 2000, après mon départ à la retraite. Avec mes élèves, nous avions créé plusieurs groupes de travail sur les dalits, les femmes, etc. Nous cherchions des locaux pour nous organiser. J’ai alors demandé aux militants de Fedina qui m’ont répondu que le bureau du directeur était vide et n’attendait qu’un remplaçant. Voila comment cela s’est fait, certains de mes élèves m’ont suivi et nos groupes se sont ajoutés à ceux de Fedina.

Quels ont été vos premières actions en tant que directeur de l’association ?

Tout d’abord, nous avons fait évoluer les objectifs. Avant 2000, Fedina était plus axée sur des projets concrets de développement (assainissement, construction d’infrastructures etc.) que sur les droits. Mais la plus part des groupes attendaient autre chose. Les lois existaient pour les aider, nous devions nous battre pour les faire appliquer. Nous nous sommes focalisés sur le combat pour les droits des travailleurs, car la majorité de la population indienne travaille. Aujourd’hui, c’est encore l’une de nos priorités.
Ensuite, il fallait trouver des financements. Nous avons alors sollicité des organisations qui partageaient notre vision, Frères des Hommes, par exemple est devenu notre partenaire et l’est encore aujourd’hui.

Quels sont vos difficultés dans les actions que Fedina mène ?

Des difficultés ? Nous n’en avons pas. Les difficultés sont dans notre travail. Rien n’est simple lorsqu’on se bat pour faire valoir ses droits. Pour la syndicalisation, par exemple, il n’est jamais évident de convaincre les patrons. Mais c’est notre travail. Trouver des financements est aussi quelque chose de compliqué. Mais cette année, notre travail paye nous avons plus que doublé notre budget. Quoi qu’il en soit, même si l’argent n’est pas là, il y a toujours des choses à faire, on s’adapte…

Et pour le futur ?

Moi ? Prendre ma retraite et mourir… Sérieusement, le futur de Fedina sera de continuer dans la même lignée. Trouver des moyens pour que les lois sociales soient appliquées comme elles le devraient aussi bien pour les travailleurs que pour les habitants des bidonvilles. Et enfin, continuer d’informer les indiens pour leur faire prendre conscience de leurs droits…

ZOOM : Que pèsent les habitants des bidonvilles face au développement touristique ?

Comme en moyenne dans les autres grandes villes indiennes, 30% des habitants de Bijarpur vivent dans un bidonville. Dans cette ville de la côte ouest, le gouvernement cherche à évincer les habitants des bidonvilles qui s’étendent au pied de la vieille ville pour développer l’offre touristique. Une loi de 1990, le Slum Clearance Act, oblige les autorités à reloger décemment ces populations, mais il ne propose que des terrains situés loin des équipements et des emplois.

« Résistance, martèle Duarte, il n’y a qu’ainsi que nous obtiendrons des logements ! » Pour Pribu Gowda, travailleur social à Bijarpur, « on ne peut pas s’opposer au développement de la ville et à la création d’emploi que ça suppose, mais on ne veut pas être envoyé à 20 km. Nous voulons faire du bidonville un endroit meilleur. »



une femme de ménage relogée à 20 km de son quartier devrait dépenser 50% de son salaire journalier pour se rendre sur son lieu de travail, ses enfants ne pourraient plus aller dans la même école.



posté par L'equipe dynamos'olidaire le 09/02/2010


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Fedina, “Foundation for Educationnal Innovations in Asia” œuvre pour l’émancipation des populations marginalisées, et s’engage particulièrement pour le droit des travailleurs.



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