Inde : Prayog - Utiliser l’expérience de la non-violence avec force


Quelles priorités pour le développement des campagnes indiennes : l’industrialisation ou le respect des droits des populations rurales ? Alors que le gouvernement du Chhattisgarh parie sur l’emploi industriel, Prayog (« expérience » en hindi), une branche locale du mouvement gandhien Ekta Parishad, se bat avant tout pour la protection des droits des plus marginalisés. Basée dans le village de Tilda à 50 km de Raipur, la capitale du Chhattisgarh, Prayog mène des projets de développement au côté des plus pauvres dans la lignée d’Ekta Parishad, utilisant « la non-violence avec force », pour reprendre l’expression de son leader, Rajagopal P.V.


Agrandir le plan

DYNAMIQUE :
L’expérience du terrain

LUMIERE SUR :
Kumar Koshariya, « donner du sens à l’engagement »

« Dans le Chhattisgarh, en 7 ans, 5000 hectares de terres agricoles ont disparu à cause de l’industrialisation. A Raipur, les industries causent de nombreuses pollutions de l’air et de l’eau… » explique Arun Kumar Koshariya, directeur de Prayog... lire la suite

Arun Kumar Koshariya a débuté en tant que dactylo chez Prayog. Aujourd'hui directeur de l'association, il nous livre ses impressions sur les actions passées et futures de Prayog lire l'interview

ZOOM :
Le système d’épargne collective des groupements d’entraide

Face au refus des banques d’octroyer un prêt, comment acheter une chèvre, créer son petit magasin ou consulter un docteur ? Les femmes indiennes ont trouvé une solution : le système d’épargne collective...lire la suite

DYNAMIQUE : L’expérience du terrain

« Dans le Chhattisgarh, en 7 ans, 5000 hectares de terres agricoles ont disparu à cause de l’industrialisation. A Raipur, les industries causent de nombreuses pollutions de l’air et de l’eau… » explique Arun Kumar Koshariya, directeur de Prayog. Il estime que dans le Chhattisgarh, les droits des dalits et des femmes sont mieux respectés que dans les états voisins, mais que le développement des campagnes devrait d’abord passer par le maintien de l’agriculture et le respect des populations marginalisées.


Première victoire de Prayog avec les nomades de Kirloai : le certificat d’accès à la terre.

Prasanth Kumar, responsable d’Ekta Parishad au Chhattisgarh, nous raconte les luttes livrées pour « l’accès des populations locales aux ressources élémentaires : la terre, l’eau et la forêt ». Ces questions étaient au cœur des revendications de Janadesh, la grande marche qui a rassemblé plus de 25 000 paysans en 2007. L’organisation d’Ekta Parishad en réseau d’antennes régionales permet de préparer ce type d’événement, et il permet aux acteurs locaux d’échanger sur leur expérience et difficultés rencontrées sur le terrain.

Prayog participe aux luttes menées par Ekta Parishad au niveau national, et mène en même temps des programmes de développement à destination des habitants des campagnes, comme des formations en agriculture, des séminaires sur les droits des paysans et des aides matérielles aux ruraux marginalisées. Dans le village de Kirloai, par exemple, l’association a aidé une communauté de nomades à se sédentariser et à avoir accès à l’eau potable, à des activités économiques de subsistances et à l’éducation pour les enfants.

Participant à l’émancipation des femmes, qui restent encore très souvent en marge de la population active, Prayog les pousse à former des groupements d’entraide (Women Self Help Group), comme il en existe de plus en plus en Inde. Ces petites structures d’épargne collective permettent aux femmes d’accéder à une certaine indépendance financière. Trois groupements de Tilda ont ainsi lancé une fabrique de farine pour enfants, qui emploie dix femmes.

C’est là toute la force d’Ekta Parishad : reposer sur de multiples ONG locales comme Prayog qui nourrissent ce mouvement de leur conviction et de leur expérience de terrain, tout en s’appuyant sur un soutien international.

LUMIERE SUR Arun Kumar Koshariya, « donner du sens à l’engagement »



Arun Kumar Koshariya (à gauche) est directeur de Prayog et responsable de 3 districts du Chhattisgarh pour Ekta Parishad. Prasanth Kumar (à droite) responsable d’Ekta Parishad sur tout le Chhattisgarh.

Aujourd’hui directeur de Prayog, quel a été votre parcours ?

Je suis arrivé en 1989 à Prayog, comme simple dactylo. Au début, je ne m’intéressais pas aux enjeux sociaux du combat de Prayog, je voulais juste gagner ma vie. Et puis petit à petit, j’ai compris le sens de l’engagement d’une ONG. Après 2 ou 3 ans, sur les conseils de Rajagopal, je suis parti dans l’Etat voisin, le Madha Pradesh, travailler comme trésorier pour une autre organisation. De retour à Tilda j’ai travaillé sur le terrain avec des tribus et puis je suis devenu directeur de Prayog.

En quoi consiste votre quotidien aujourd’hui ?

Aujourd’hui mes activités se répartissent entre mes missions pour Prayog et celles pour Ekta Parishad. Pour Prayog, je supervise les projets en cours, prépare les formations et les meetings qui se déroulent dans tout le Chhattisgarh. Je prépare aussi les projets futurs en les présentant au service international d’Ekta Parishad qui s’occupe de trouver les financements à l’étranger. Avec Ekta, je coordonne 5000 militants répartis dans 3 districts du nord du Chhattisgarh qui participeront à la prochaine marche Jansatygraha 2012.

Justement Jansatyagraha 2012 est votre plus gros projet, vous pouvez nous en dire plus ?

Jansatyagraha s’inscrit dans la continuité de Janadesh. En 2007, Janadesh avait rassemblé 25 000 marcheurs sur 3 semaines. En 2010, ce sont 100 000 paysans, femmes, membres de basses castes qui marcheront ensemble jusqu’au parlement, à New Delhi. L’objectif est de demander l’application des promesses faites suite à Janadesh : redistribution des terres aux paysans, arrêt du déplacement des populations tribales pour qu’elles puissent continuer à vivre dans les forêts, et plus généralement une juste répartition des ressources : eau, terre, forêt. Jansatyagraha sera placé plus particulièrement sous le signe de la revendication du droit des femmes, pour leur émancipation dans la société indienne.

Concernant le droit des populations tribales, vous avez mené un projet avec une communauté, quel a été votre rôle ?

Ces nomades vivaient autrefois dans une grande misère, menant une vie de mendicité, pour vivre ils faisaient des danses traditionnelles les jours de fêtes. Ils n’avaient pas de logement stable, les enfants n’allaient pas à l’école. Il nous a fallu plusieurs années pour qu’ils nous fassent confiance. Nous les avons d’abord encadrés pour qu’ils créent un comité et épargnent collectivement, sur le modèle des groupes d’entraide. Puis nous avons obtenu des terres et des aides du gouvernement pour construire un village. Ces 20 familles vivent aujourd’hui d’activités plus stables : ils rachètent et revendent les déchets plastiques et métaux des villages alentours, et gagnent ainsi 100 roupies (1,30€) par jour et par personne. Même s’ils vivent toujours dans une certaine pauvreté, ils ont gagné en assurance ces dernières années. Les enfants vont à l’école et certains membres de la communauté veulent se présenter aux prochaines élections locales.

ZOOM : Le système d’épargne collective des groupements d’entraide

Face au refus des banques d’octroyer un prêt, comment acheter une chèvre, créer son petit magasin ou consulter un docteur ? Les femmes indiennes ont trouvé une solution : le système d’épargne collective.

«Nous épargnons chacune 20 roupies par mois qui sont mis sur un compte commun créé dans une banque » explique Geera présidente d’un des trois groupements d’entraide de Tilda. Les 20 femmes du groupe se réunissent tous les mois, vérifient l’état du compte commun et décident ou non d’octroyer un prêt à l’une d’entre elles.

« On se connaît toutes très bien et nous sommes plus rigoureuses que nos maris pour tenir des comptes » précise Geera. Ainsi en 6 ans, une seule femme n’a pas remboursé. Les autres femmes du groupe ont alors toqué à sa porte : l’affaire a vite été réglée !



un des trois groupements d’entraide du village de Tilda



posté par L'equipe dynamos'olidaire le 09/02/2010


[Commentaires (0)] [Ajouter un commentaire] [Revenir à la carte des reportages]

Inde : Prayog - Utiliser l’expérience de la non-violence avec force en photos



Photo suivante

( photo 1 / 20 )

Portail d’entrée des bureaux de Prayog. Le logo d’Ekta Parishad indique que Prayog est membre du mouvement gandhien, créé en 1991.



[Commentaires (0)] [Ajouter un commentaire] [Revenir à la carte des reportages]

Commentaires


pas encore de commentaire


www.dynamosolidaire.fr | Accueil | Projet | Partenaires | Soutien | Nous suivre | Blog | Contacts | © Copyright DynamoS'olidaire 2008