Inde : Sharana bouche les trous de la cruche


De l’éducation des enfants à l’émancipation des femmes, en passant par la nutrition, Sharana entend depuis sa création promouvoir un développement global et durable dans les villages de l’ouest du Tamil Nadu. D’autant que ceux-ci ne bénéficient pas des mêmes privilèges que l’Etat voisin de Pondichéry, ancien comptoir français.

Mais qu’entendent les créateurs de Sharana par « développement global » ? Surement pas un catalogue fourre-tout de projets isolés, mais bel et bien une stratégie cohérente, comme l’illustre l’étonnante culture de la spiruline. « Pas besoin de terres fertiles, très peu d’eau, un stockage facile car elle se conserve longtemps, riche en fer et en protéines… » Murielle Baube, coordinatrice de la ferme de spiruline pour Sharana, ne tarit pas d‘éloges au sujet de la spiruline depuis que celle-ci est venue s’affirmer comme un levier de développement.


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DYNAMIQUE :
La bactérie du développement global

LUMIERE SUR :
Muriel Baude, coordinatrice de la ferme : « Pour moi, le plus grand problème des femmes ici reste la dot ! »

La bactérie spiruline est peu coûteuse, très nutritive et respectueuse de l’environnement. Mais pourquoi une association dont la première activité est de parrainer des écoliers défavorisés se lance en 2008 dans la culture de la spiruline ?lire la suite

Muriel travaille avec Sharana depuis sa création. Pourquoi cette ingénieure agronome a voulu changer de vie ? Aujourd'hui entre la France et l'Inde, quel est son rôle dans les activités présentes et futures de l'association ? lire l'interview

ZOOM :
Offrir un avenir aux enfants déscolarisés

1000 enfants ont retrouvé le chemin de l’école grâce au système de parrainage mis en place par Sharana depuis 10 ans...lire la suite

DYNAMIQUE : La bactérie du développement global

La bactérie spiruline est peu coûteuse, très nutritive et respectueuse de l’environnement. Mais pourquoi une association dont la première activité est de parrainer des écoliers défavorisés se lance en 2008 dans la culture de la spiruline ?
De l’éducation à la nutrition, il n’y a qu’un pas. Au Tamil Nadu, Sharana l’a franchit, notamment pour combler les écarts avec l’état voisin. En effet, l’état de Pondichéry s’étale comme les doigts d’une main autour de l’ancien comptoir français, encerclant des petits territoires rattachés au Tamil Nadu, plus pauvre. Deux écoles voisines n’ont donc pas les mêmes moyens selon qu’elles sont d’un côté ou de l’autre de la frontière.


Distribution de tartines de spiruline fraîche dans une ecole

« Ici, les problèmes sociaux viennent de l’alcool et de la mauvaise condition des femmes. La plupart des hommes boivent leurs salaires. Les femmes dépensent leurs maigres revenus dans l’achat du riz quotidien, qu’elles serviront souvent sans dal* (trop cher), couvrant à peine les besoins du petit déjeuner et du diner des enfants. », explique Muriel Baude, bénévole française à Sharana. Avant que Rajkala, fondatrice de Sharana, leur propose de mettre en place des systèmes d’épargne collective, chaque roupie qu’elles économisaient était récupérée par le mari.

Elles travaillent dur la journée dans les champs et le soir à la maison, si tard que parfois les enfants s’endorment avant même que le diner soit prêt. C’est pour corriger le déficit en fer et en protéine de ces enfants que Sharana distribue dans les écoles parrainées des rations de spiruline. La ferme de Sharana vend 30% de sa production à l’étranger ou dans des boutiques locales, ce qui suffit à la rendre autonome financièrement. Le reste de la production est distribuée aux enfants des six villages où travaille l’organisation.

Sharana constate déjà des résultats étonnants sur la santé des enfants, sur leur vitalité ou leur attention en classe. C’est là qu’est la vision globale du développement défendue par Sharana depuis 10 ans : aider les mères à épargner, garantir l’équilibre alimentaire de leurs enfants et assurer leur avenir… Vous reprendrez bien une tartine de spiruline ?


* Le dal est une sauce à base de lentille qui accompagne le riz (bat). Le dal bat est le plat indien de base.

LUMIERE SUR Muriel Baude, coordinatrice de la ferme : « Pour moi, le plus grand problème des femmes ici reste la dot ! »



Quel est votre parcours, comment en êtes vous venue à Sharana dans le sud de l’Inde ?

J’ai toujours voulu travailler dans l’humanitaire. Quand j’étais petite, j’avais envie de lutter contre la faim dans le monde, cela m’a suivie jusqu’ici. Mes études d’ingénieur agronome terminées, j’ai obtenu un poste chez Danone en Inde. J’avais une bonne paye mais le boulot ne m’intéressait pas vraiment… et en 1995, Danone a fermé sa branche indienne et je me suis retrouvée sans emploi. C’était l’occasion de me lancer dans l’humanitaire. J’ai alors rencontré Rajkala, nous sommes devenues amies et en 2000, elle a créé Sharana et je l’ai suivie.

Quelle est la spécificité de Sharana ?

Rajkala a une vision bien spéciale du développement : il faut qu’il soit à la fois global dans les domaines abordés (social, éducation, économie, santé…) et local en se concentrant sur une petite région, en l’occurrence celle de Pondichéry. C’est l’exemple de la cruche percée de plusieurs trous, si l’on ne colmate qu’un seul trou, l’eau continue de couler, il faut donc essayer de boucher tous les trous en même temps. Dans chaque village, avant de lancer un projet, des réunions sont organisées pour centraliser les demandes. En fonction des besoins formulés, des actions sont mises en place. Tout part d’une demande locale. C’est cela qui m’a vraiment séduit dans la démarche de Sharana.

Quel est votre rôle dans l’association ?

Je suis bénévole. Au début, Rajkala et moi ne travaillions que deux heures par jour et investissions notre propre argent. Aujourd’hui, avec mon mari, nous sommes à plein-temps, nous gérons l’exploitation de spiruline et sommes responsables de Sharana France. Nous vivons en Inde la majeure partie de l’année et ne retournons en France que 3 mois par an pour récolter des fonds et rencontrer nos partenaires. La pension de mon mari suffit pour subvenir à nos besoins, c’est un choix de vie…

Quelles sont les plus grosses difficultés que Sharana doit surmonter ?

Pour moi, l’un des plus gros problèmes de l’Inde est le système de dot et du mariage arrangé. La famille de la future mariée doit payer une dot à celle du mari. Mais pour arranger un mariage avec un homme bien éduqué, il faut beaucoup d’argent. Résultat, les femmes issues de milieux modestes, même très belles et avec un bon niveau d’étude se retrouvent mariées à des alcooliques qui les battent et boivent la moindre roupie qu’elles peuvent ramener… c’est le pire scenario pour les femmes que nous aidons. Mais aujourd’hui, cela tend à changer, les jeunes font de plus en plus d’études, des couples se forment a la fac, il y a de plus en plus de mariage d’amour. Certains hommes refusent même la dot.

Quel est le futur pour Sharana ?

Nous mettons en ce moment en place un centre de ressources. Dans notre programme d’éducation, nous incitons tous les enfants à poursuivre leurs études jusqu'à 15 ans mais rien n’était proposé aux jeunes qui souhaitaient arrêter. Ce centre permettra de proposer des formations professionnelles pour les métiers agricoles par exemple. Les travaux pratiques auront lieu sur notre parcelle d’un hectare et la vente des produits cultivés permettra de financer le fonctionnement de l’établissement. Tout ça, c’est pour bientôt, la construction du bâtiment est quasiment terminée.

ZOOM : Offrir un avenir aux enfants déscolarisés

1000 enfants ont retrouvé le chemin de l’école grâce au système de parrainage mis en place par Sharana depuis 10 ans. Le principe est simple : une famille étrangère verse chaque mois une somme au profit d’un ou plusieurs enfants. « Nous ne donnons jamais l’argent des parrainages à la famille de l’enfant mais directement à l’école » précise Muriel. « Une façon de s’assurer que l’argent récolté sert bien la cause défendue… »

Les enfants sont stimulés par cette chance qui leur est donné. Certains continuent à avoir des difficultés scolaires et sont dirigés vers des filières techniques à l’âge de 15 ans. D’autres excellent dans les études, comme cette jeune fille qui a fini son cursus universitaire et a trouvé un bon travail. Après son mariage, elle a décidé à son tour de parrainer un enfant…



Distribution de fournitures scolaires



posté par l'équipe DynamoS'Olidaire le 12/01/2009


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Rajkala créa Sharana en 2000 pour suivre son idée d’un « développement global local ».



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